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Jean-Paul Rouve, Judith Godrèche et Gérard Darmon dans le film français de Maurice Barthélémy, "Low Cost".
Comme la troupe du Splendid s'était emparée du Club Med pour y installer ses Bronzés, comédies emblématiques des années 1980, Maurice Barthélémy a vu dans les vols low cost un étendard potentiel pour les années 2000. A partir de ces lieux de brassage social sur lesquels chacun a sa petite anecdote à raconter, on peut imaginer sans mal, sinon une machine à gags, du moins une comédie familiale grand public. Dans tous les cas, du pain bénit pour un producteur.
Un film, toutefois, ne peut pas se réduire à un pitch. Cette bonne nouvelle a un revers : celui de Maurice Barthélémy est désastreux. Sur le plan de la comédie, l'ex-Robin des bois (par ailleurs auteur du dispensable Papa) reprend la recette du Splendid : des personnages médiocres, caricatures de Français moyens censés susciter la connivence des spectateurs, alliés à un comique carburant à l'ironie. Un gouffre toutefois sépare les maîtres de l'élève, qui tient à la capacité à faire rire. Inutile de chercher, Low Cost ne propose pas la moindre réplique qui claque, pas un seul gag franchement réussi, pas même un personnage un tant soit peu bien troussé.
Le parti pris de mise en scène, plutôt audacieux au demeurant, qui consiste à situer l'intégralité de l'action à l'intérieur de l'habitacle, se retourne contre le film. Alors que ce principe produisait un feu d'artifice de gags dans les comédies américaines Y a-t-il un pilote dans l'avion ?, il révèle ici une réalisation mise en pilote automatique. Dépourvu de rythme, subissant l'exiguïté du décor sans s'en emparer, l'auteur place son spectateur dans une situation de détresse comparable à celle de ses personnages.
Ceux-ci se retrouvent embarqués pour le vol le plus long et le plus incertain de leur existence. La galère commence sur la piste de l'aéroport de Djerba lorsque les membres de l'équipage, sur le point de faire décoller l'avion, apprennent que le patron de la société low cost qui les emploie est parti avec la caisse, et se mettent en grève. Une vague de protestation dans l'avion révèle ensuite une galerie de personnages typés parmi lesquels un anti-héros phobique à l'âme de petit caporal (Jean-Paul Rouve), une hôtesse de l'air qui cite Jules Renard et Lacan dans le texte (Judith Godrèche, dont il faut reconnaître qu'elle est pimpante), et un pilote à la retraite (Gérard Darmon) qui va récupérer les commandes de l'avion et tenter (sans succès) de le conduire à bon port.
La faiblesse de la mise en scène serait anecdotique si elle n'était au service d'un scénario qui, sous des apparences anodines, est en réalité nauséabond. L'épisode le plus choquant advient lors de la première escale quand le pilote, se croyant à Paris, atterrit en plein désert subsaharien. La porte s'ouvre, et les voyageurs se trouvent nez à nez avec une tribu de guerriers violeurs et cannibales, avec qui ils vont successivement tenter de négocier, de fuir, et finalement s'entre-tuer.
La séquence est longue, pleine de rebondissements, le temps d'exploiter les clichés racistes les plus éculés en opposant des Blancs tellement civilisés qu'ils en sont devenus poules mouillées à des Noirs qui coupent des bras et des pieds comme on arrache des queues de cerise. Elle se termine par un point d'orgue d'une abjection rare : un plan sur un des réacteurs de l'avion qui broie littéralement le chef barbare, expulsant les lambeaux de sa chair sanguinolente directement sur les hublots, le tout à la satisfaction générale des passagers.
Barthélémy ne s'en tient pas aux contrastes "raciaux". Son gag le plus abouti est une histoire de nain. Ici encore, il s'agit prétendument de rire du personnage de Jean-Paul Rouve, tellement névrosé qu'incapable d'adresser la parole à une personne de petite taille. Mais le véritable ressort comique tient à la manière qu'il a de prononcer le mot "nain", et dans le contraste physique entre les deux personnages. Il n'est rien jusqu'au personnage de l'hôtesse de l'air intello qui ne fasse appel à l'inconscient le plus réactionnaire. Car, si elle prend à contre-pied les idées reçues sur les blondes et les hôtesses de l'air, son personnage n'aurait pas de raison d'être sans la prégnance de ces clichés